La finance éthique : un autre développement économique devient possible

En 2015, près d’un quart du marché français de l’Investissement Socialement Responsable « de conviction » appartenait aux particuliers. Solidaire, responsable, utile ou de conviction… les qualificatifs sont nombreux pour désigner le virage de la finance ces dernières années. Le mariage entre l’éthique et la finance ne tient plus de la naïve utopie et gagne progressivement tous les échelons de l’économie : de l’épargne des citoyens aux fonds souverains des Etats.

"Appliquer les principes du développement durable"

On donne aux Quakers la primeur historique d’une finance fondée sur des principes éthiques, cette communauté religieuse qui s’imposait d’exclure de ses investissements les activités du vice.

Depuis les années 1980, les marchés financiers se sont réappropriés le concept avec une idée simple mais efficace : « appliquer les principes du développement durable aux placements financiers ». C’est la naissance de l’« Investissement Socialement Responsable » (ISR).

En matière d’ISR, les techniques se sont autant diversifiées que perfectionnées depuis les années 1980 : de l’exclusion d’entreprises du fait de leur comportement néfaste pour l’environnement et pour l’Homme[1] à la prise en considération de critères extra-financiers dits ESG (environnement, social et gouvernance) pour diriger l’investissement, une technique dite « Best-in-Class ».

Le marché des ISR connaît, depuis le milieu des années 2000, un vrai boom toute techniques confondues, d’après un rapport de Novéthic.

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"Pour que l'argent relie les Hommes"

Si la finance éthique gagne du terrain sur les marchés financiers, elle devient aussi de plus en plus accessible aux citoyen. On parle alors de finance « solidaire », c’est-à-dire une finance qui, d’après la définition de Finansol[1] , « relie les épargnants qui cherchent à donner du sens à leur argent à des entreprises et associations dont l’activité est à forte utilité sociale et/ou environnementale, qu’ils financeront via la souscription de produits d’épargne solidaire ».

Le baromètre de 2015 de Finansol réalisé avec le journal La Croix de 2015 traduit une vraie montée en puissance des « épargnants solidaires » et des vecteurs à leur disposition :

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Source : Baromètre 2015 Finansol avec La Croix

 

 

 

 

 

 

Pour permettre aux citoyens de devenir des « épargnants solidaires », des structures se développent. Le 17 mars 2016 restera une date à marquer d’une pierre blanche pour la finance solidaire : la NeF a enfin obtenu le droit de se métamorphoser en établissement bancaire.

Cette ex-coopérative de finances solidaires[1] attend ce moment depuis 1988 et en devenir une « vraie » banque va lui permettre de réaliser plus en avant son leitmotiv : relier « l’argent et les hommes ».

Comment la NeF s’y prend-elle ? Elle privilégie les projets, entreprises, fonds engagés dans l’économie sociale et solidaire avec pour objectif d’impliquer quotidiennement et directement les citoyens à une finance plus éthique. 

 

Prochaine étape : la démocratisation 

Intégrer plus d’éthique dans la finance ne pouvait se faire sans obstacles[1].

Un des principaux handicaps du virage éthique pris par la finance, c’est l’identification précise de son investissement. Un exemple : en septembre dernier, l’indice international Dow Jones Sustainability avait récompensé Volkswagen et inciter les fonds ISR à s’y engager…quelques semaines plus tard retentissait l’affaire des logiciels.

Toutefois, le vrai talon d’Achille de cette finance éthique reste sa démocratisation.

Les ISR demeurent à 90% l’apanage des investisseurs institutionnels et l’investissement socialement responsable n’est connu que de 27% des particuliers français[2]. Un cap est encore à franchir pour véritablement irriguer l’économie et changer d’échelle. A titre d’exemple, la petite NeF ne représente que 0,02% en termes de produit net bancaire de la géante BNP Paribas.  

Pour porter une autre finance, quoi de mieux que la puissance publique ? De plus en plus, les Etats deviennent aussi des acteurs d’une finance plus éthique.  

 

L'éthique à la mode norvégienne

En matière de finance fondées sur des principes éthiques, le fonds souverain norvégien est un cas d’école ! En plus d’être le plus important à ce jour (870 millions de dollars de bas de laine), le Government Pension Fund-Global (GPFG) est régi par des règles d’investissement strictes, régulièrement endurcies[1] par son « comité éthique ». Celui-ci a ainsi décidé la mise en place, depuis quelques années, d’exclusions sectorielles interdisant le fonds souverain d’investir, notamment, dans des entreprises qui ne respectent pas les droits de l’Homme ou l’environnement. Ainsi, le fonds ne peut, à ce jour, plus investir dans des entreprises du secteur du tabac ou du charbon[2].

Un fonds souverains dirigé par des considérations éthiques est une première pierre mais reste un vain succès s’il n’est pas porteur (in fine financeur) d’un autre développement économique – un développement économique plus éthique. 

 

Acteur d'un développement économique éthique : le fonds saoudien 

Le 25 avril dernier, tous les projecteurs étaient tournés vers l’Arabie saoudite qui annonçait la création prochaine du plus gros fonds d’investissement jamais crée, estimé à 2 000 milliards de dollars, soit 10% des capacités d’investissement dans le monde. « Maximiser ses capacités d’investissement » à travers ce mastodonte, c’est la colonne vertébrale du plan « vision 2030 »[1] de Ryad visant la diversification et la modernisation de son économie – post-pétrole.

Outre l’établissement de règles fortes pour garantir une gestion éthique, sans corruption, de son fonds, c’est surtout le développement économique dont il sera le bras armé financier pour l’Arabie saoudite sur lequel il convient de s’arrêter.

Si le pays souhaite, d’ici à 2030, développer des secteurs comme le divertissement ou le tourisme, il a surtout pris de forts engagements en matières de développement durable et responsable à travers, entre autres, le lancement d’un marché de l’énergie renouvelable[2] et une particulière attention portée à la préservation de l’environnement et des ressources naturelles et la lutte contre « tous les types de pollution et la lutte contre la désertification ».

 

Si le fonds souverain norvégien apporte la preuve que le mariage entre l’éthique et la finance n’est pas qu’une utopie, l’Arabie saoudite – à travers son futur fonds souverain – prouve que les Etats ont un rôle essentiel à jouer pour que la finance s’inscrive, enfin, au fondement même d’un autre développement économique, un développement économique plus éthique.



 


 

 


[1] Finansol est une association née en 1995 pour promouvoir la solidarité dans l’épargne et la finance, avec une mission quotidienne pour faire connaître les différents produits d’épargne solidaire disponibles labellisés « Finansol »