"L’Iran est au ban des nations en matière de droits humains"

Après avoir accompagné son président Hassan Rohani en janvier dernier, Javad ZARIF, ministre des affaires étrangères iranien, est en visite en France ce mercredi. Depuis la levée effective des sanctions économiques, la France favorise ouvertement les relations économiques et commerciales avec l’Iran. Michel TERROT, député LR du Rhône et secrétaire de la Commission des affaires étrangères, nous donne son point de vue.

L'IDEE : Quelle est votre point de vue sur cette politique du gouvernement en faveur des relations économiques avec l'Iran ? 

Michel TERROT : Je vous répondrais de façon nuancée. D’ordinaire, je considère qu’il ne faut pas systématiquement conditionner les échanges commerciaux et les Droits de l’Homme. Toutefois, avec la République Islamique d’Iran, les choses sont différentes. Nous nous trouvons face à un pays hors-norme. Entretenir des relations avec ce régime, c’est refuser de voir la réalité en face.

L’Iran est, ni plus ni moins, une dictature théocratique dans laquelle les libertés les plus fondamentales sont bafouées.

Prétendument libres et universelles, les législatives de février et avril dernier ont encore prouvé que les élections dans ce pays sont clairement contrôlées par le Guide suprême qui s’arroge le droit de choisir les candidats et exclure ceux qui ne lui plaisent pas.

L’Iran est au ban des nations en matière de droits humains. Cette théocratie qui impose par la force la charia à ses habitants a encore battu des records en nombre d’exécutions capitales, un nombre qui sous la présidence du « modéré » Hassan Rohani n’a jamais été aussi important. 

 

L’IDEE : La France doit-elle conditionner ses relations économiques avec ce pays à son respect des droits de l’Homme ?

Michel TERROT : Lors de la venue en France du président Hassan Rohani en janvier, des intellectuels avaient appelé le gouvernement à un moratoire tant qu’aucune évolution ne sera réalisée sur le plan des Droits de l’Homme. Je constate qu’avec ce pays, la France s’abaisse au regard de ses valeurs. La frontière de l’horreur est tout simplement franchie par ce régime et ne pas en tenir compte dans nos relations économiques est une faute.

 

L’IDEE : La situation géopolitique au Moyen-Orient est structurellement instable. Au regard des positions de l'Iran dans cette région, un rapprochement de la France avec ce pays vous parait-il souhaitable pour la paix et la stabilité de cette région ?

Michel TERROT : Ce pays doit-il être considéré comme la solution à l’instabilité de cette région ou la cause-même des conflits qui la bousculent ? C’est une question que je me pose depuis longtemps.

Si l’on regarde objectivement la situation géopolitique du Moyen-Orient, on doit admettre que l’Iran joue un rôle de déstabilisateur.

Sur les fronts irakiens et syriens, les milices chiites iraniennes jettent purement et simplement les populations sunnites dans les bras de Daech.

En soutenant au Yémen les rebelles houthistes, le régime iranien a refait tomber le pays dans une guerre civile sanglante. Au Liban, son soutien au Hezbollah n’a fait que renforcer la fragilité politique de ce pays. Et on ne saurait oublier son hostilité clairement affichée vis-à-vis d’Israël, pays dont la République islamique d’Iran nie purement et simplement le droit à l’existence.

Ces prises de position sont à remettre en perspective avec la volonté de cette théocratie de réaliser son projet politique par essence déstabilisateur : l’instauration d’un califat au Moyen-Orient. Ce paramètre, aussi essentiel soit-il, est tout simplement nié par le gouvernement français qui a pourtant le devoir de le faire savoir à travers sa diplomatie.

Au final, ce pays est donc loin d’être la solution aux crises qui secouent le Moyen-Orient et il s’agit de faire preuve de la plus grande méfiance à son égard.