IRAN. Le ministre des affaires étrangères à Paris en service « après-vente »

Le ministre iranien des affaires étrangères, Javad ZARIF, est en visite officielle à Paris ce mercredi. Six mois se sont écoulés depuis la levée des sanctions économiques et l’heure est au constat : les investisseurs étrangers sont frileux et les raisons ne manquent pas.
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Un grand nombre d’institutions financières étrangères n’osent toujours pas reprendre les transactions avec leurs homologues iraniennes. Avec un « niveau élevé » de créances douteuses, leur recapitalisation est une condition sine qua non à tout développement économique d’après la Banque Mondiale. Cette fragilité financière, c’est là où le bat blesse pour les entrepreneurs[1] étrangers : manque de liquidités[2], absence de règles avec les institutions français et tutti quanti.

Sans compter que les sanctions continuent à peser, l’amende record des Etats-Unis à la BNP a été un véritable traumatisme[3] effrayant encore aujourd’hui les acteurs économiques. Investir le marché perse reste un « parcours du combattant règlementaire en raison du véritable écheveau de restrictions qui vont frapper différentes catégories de biens durant 8 à 10 ans encore »[4].

 

Une économie cadenassée

Le Moniteur du Commerce international classe l’Iran au 171ème rang (sur 178) des pays où la liberté économique est la plus entravée et la Compagnie Française d’Assurance pour le Commerce Extérieur (COFACE) lui octroie un petit « D », soit le plus haut risque possible d’impayés des entreprises par pays.

Les investisseurs étrangers les plus confiants devront se faire une place dans une économie contrôlée à plus de 30 % par le guide suprême et ses forces armées, particulièrement celle des gardiens de la révolution. Durant les années d’embargo, les « pasdarans » ont investi tous les pans de l’économie, possédant, notamment, plus d’un tiers du secteur pétrolier. Les pasdarans ne comptent pas laisser les entreprises étrangères marcher sur leur plates bandes…

Et, bientôt contraintes de rendre compte du caractère éthique de leur développement international par un « plan de vigilance »[1], les multinationales auront, certainement, fort à faire en Iran où les « violations des droits liés à l’activité économique et le commerce sont nombreuses » rappelait Karim LAHIDJI, président de la FIDH, en février dernier[2].  

 

Une détente politique en trompe l'oeil 

Les réformateurs ne pèsent encore bien peu face aux (ultra)conservateurs, les vrais maîtres du pouvoir. Preuve en est : le renouvellement de l’Assemblée des experts. Le 26 février dernier, à Téhéran, c’est illico presto qu’un candidat modéré a « laissé sa place » à l’ultra-conservateur Ahmad Janati pour lui permettre de prendre…la 16ème et dernière position du scrutin prétendument universel. La suite est connue : l’anti-occidental Ahmad Janati remporte la présidence de cette instance décisionnaire ultime qui supervise et nommera le prochain guide suprême.

Si l’Iran est un marché qu’on ne peut ignorer, des réalités tant économiques, politiques que sociales justifient la méfiance des entreprises. La diplomatie économique ne doit pas faire oublier que la plus grande vigilance reste de mise envers ce pays qui mérite notre attention à plus d’un titre.