Environnement : vers un développement économique durable ?

« Jamais auparavant un aussi grand nombre de pays n’avait signé un accord international en une seule journée » déclarait Ban Ki-Moon, le 22 avril dernier au sujet de l’Accord de Paris. 20 ans près la Conférence de Rio, les questions climatiques et environnementales sont devenues incontournables. Elles ne sont plus un frein au développement économique, mais désormais, une composante à part entière.

"Maître et possesseur de la nature" ? 

Un constat fait consensus : le modèle de développement des pays industriels met en danger l’environnement (et le climat). La croissance économique est fondée sur une conception du monde dite « anthropocentrée » (et non « écocentrée » [1]) selon laquelle l’Homme est comme « maître et possesseur de la nature ». Or, depuis Descartes, les choses ont changé : l’institut Eurobaromètre mesurait en septembre 2014 que 95% des Européens[2] estiment la protection de l’environnement importante.

La croissance économique peine à composer avec les questions environnementales. Ses indicateurs de marché court-termistes (comme par exemple le PIB) n’intègrent pas les externalités négatives comme la pollution ou encore l’épuisement des ressources non renouvelables. Ces externalités négatives « environnementales » concernent souvent des temporalités beaucoup plus longues que les fameux indicateurs de marché davantage basés sur du court terme.

Certains pensent qu’il faut « verdir » la croissance[3], quelques autres préfèrent décroître[4], mais c’est plutôt le concept de développement durable qui a pris le dessus. C’est l’interdépendance qui l’a emportée, l’équilibre entre l’économique, le social et l’environnemental pour un développement plus éthique et durable.

 

 

 

 

 

 

 

Source Humanité-biodiversité.fr

 

"Le développement durable au coeur du processus de production"

Il y a 30 ans paraissait le rapport Brundtland instituant le développement durable, il y a 30 ans, aussi, l’usine chimique de Union Carbide explosait à Bhopal en Inde[1]. Il est difficile de concevoir un autre développement sans participation d’une de ses principales parties prenantes : les entreprises. 

Aujourd’hui, les voitures hybrides inondent le marché, la fin du nucléaire est débattue, les énergies renouvelables gagnent du terrain…mais aussi, les multinationales se voient contraintes[2] par la loi, contrainte, par exemple, réaliser un rapport annuel sur le développement durable. Symbole de cette évolution : les voilà, pour les plus grandes, dotées d’une Direction Développement Durable ou, pour le moins, une Direction « Responsabilité Sociétale et Environnementale ».

Plus qu’un effet de mode ou une obligation légale, les entreprises ont perçu la source de rentabilité que constitue  le développement durable (malgré quelques ambiguïtés[3]) :  tant en termes d’image et de communication, que de nouveaux marchés ou de recherche- développement.

Un exemple parmi d’autres : Xerox, le géant américain de l'imprimante loue désormais 90% de ses imprimantes dans le but de maîtriser le retour de la machine pour le recyclage. Et, pour se préparer à la société de la dématérialisation, le groupe investit un milliard de dollars dans la recherche-développement. Les inventions fusent : un procédé d'encre, disparaissant 16 heures plus tard, un « papier temporaire », des bâtons de cire colorés pour remplacer les anciennes cartouches (moins 80 % des déchets). La prise de conscience est nette : « le développement durable a un coût s'il est mal intégré. S'il s'inscrit au cœur du processus de production, vous ne pouvez plus vous en passer économiquement » explique Jacques Guers le PDG de Xerox France dans une interview accordée à La Croix[4].

 

Entreprises et Etats : la coopération indispensable 

Privé versus public, Etats contre multinationales, c’est une antienne qui a la vie dure. Toutefois, plutôt que de les opposer, l’heure ne serait-elle pas venue de coopérer, comme l’économie et l’environnement coopèrent pour le développement durable ?

Les Etats ont un rôle de planificateur et d’incitateur à jouer. Ils peuvent encourager et préparer le terreau d’un développement économique, plus ou moins, durable. Par exemple, les actions de l’Etat français en la matière sont diverses : incitations fiscales, bonus malus, « prix entreprises et environnement »[1] voire, l’Etat lui-même entrepreneur « vert ».

En fait, rares sont les Etats qui, aujourd’hui, n’intègrent pas l’environnement dans leur stratégie nationale de développement. Pour preuve : 177 ont signé l’Accord de Paris. Et s’il a longtemps été difficile de contraindre des Etats du Sud à s’adapter...la création d’un fonds par ce-même accord de Paris pour que les pays du Nord soldent leur dette climatique envers les pays du Sud montre la voie.  

Toutefois, ce chiffre des 177 signataires mérite d’être nuancé. Les pays vertueux sont les moins nombreux. Il y a les très motivés comme le Maroc, les « enfin » motivés comme les Etats-Unis et la Chine et puis ceux qui trainent à l’instar de la Russie et l’Australie.

 

Au-delà d’engagements de GES, le changement doit être envisagé plus structurellement et durablement. Aussi, certains pays s’obstinent à perdurer dans un développement économique insoutenable. L’Iran a, ainsi, rouvert ses portes, (re)devenant un marché très attractif pour les investisseurs mais aussi très (très) peu durable. Cet entrain économique est même en passe d’accélérer la crise écologique d’un pays aveuglé par un retard à rattraper, via des politiques économiques industrielles, agricoles et d’aménagement gourmandes. Il s’agit d’une cause de mortalité inquiétante[2] pour Téhéran. Et parmi les catastrophes en cours : une pénurie d’eau est imminente[3], la consommation dans le pays ayant été multipliée par 110 depuis 1979.

Toutefois, certains pays tentent autre chose et osent engager un développement économique, plus durable, main dans la main avec les entreprises.

C’est le cas de l’Uruguay qui a décidé de régler la question de son indépendance énergétique en visant le 100%[4] de sa production d’électricité avec des sources propres. 3% du PIB du pays est consacré à ce défi titanesque et unique au monde. L’expérience uruguayenne est stratégique : pour la première fois, le défi de l’indépendance énergétique pourrait devenir réalité grâce à des sources d’énergies propres, tout ceci en attirant nombre d’investisseurs et en obtenant des bénéfices économiques indubitablement positives[5].

 


[2] Loi Nouvelles Régulations Economiques de mai 2001